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ECONOMIE

Directeur général de la filiale malienne et burkinabè d’un groupe panafricain spécialisé dans les solutions de gestion du client et de développement commercial pour les banques et les compagnies d’assurances implantées en Afrique, Christian Kazumba nous propose ici une analyse sur l’état des lieux de l’assurance-vie en Afrique francophone.


Le taux de pénétration du marché des assurances (vie et non vie) peut être estimé à 1% du PIB (Produit intérieur brut, Ndlr) en moyenne en Afrique francophone (zone «Cima», Conférence interafricaine des marchés d’assurances), alors que les performances affichées dans des pays comme le Maroc (environ 3%), la France (plus de 9%) ou l’Afrique du sud (entre 12% et 14%) se situent à des niveaux très largement supérieurs.

Pour aller un peu plus loin dans l’analyse, c’est la branche vie (c’est-à-dire les assurances relatives aux personnes et non aux biens) qui accuse le retard le plus sensible, puisqu’elle ne représente que 25% du chiffre d’affaires global du secteur dans cette région du monde. A titre d’exemple, le taux de pénétration de l’assurance vie se situe à moins de 0,12% du PIB Au Mali, contre 3,50% de moyenne en Asie et 4,10 % en Europe!

La conclusion est donc sans appel: en Afrique francophone, le marché de l’assurance sur les personnes est aujourd’hui embryonnaire et est souvent perçu comme élitiste par le consommateur local, et donc inaccessible…

Les raisons permettant d’expliquer cet insuccès et ce manque de dynamisme ne manquent pas. On peut citer en particulier:
- l’omniprésence de freins sociaux et culturels, qui induisent, par exemple, une préférence marquée des Africains pour le placement dans la terre ou dans la pierre, plutôt que la constitution d’une épargne financière régulière;
- le très faible nombre des assurances obligatoires en Afrique noire (deux ou trois par pays en moyenne contre plus de quatre-vingts en France) qui se concentrent, bien souvent, sur la branche «IARD» (Incendie, Accident et Risques Divers), telle que l’assurance «RC automobile» imposée par les textes au Mali, au Togo, au Burkina Faso ou au Bénin.

Le phénomène est souvent méconnu, mais les compagnies d’assurance vie ont un rôle fondamental à jouer en vue de l’émergence de l’Afrique. Elles ont en effet vocation à collecter et mobiliser l’épargne privée et à la réinvestir dans les économies locales, notamment en vue de financer les investissements des entreprises, et donc de favoriser la création d’emplois…
Quels seraient donc les leviers à actionner pour que l’assurance-vie trouve une place de choix dans le quotidien des ménages africains? La question mérite notre attention:

Un cadre fiscal plus incitatif
Dans l’immense majorité des cas, la fiscalité de la succession est réduite à sa plus simple expression en Afrique francophone. En conséquence, ce qui a contribué au succès de l’assurance vie en France, à savoir une imposition allégée pour les ayants-droits en cas de transmission du capital, n’a pas lieu d’être au sud du Sahara.
Toutefois, le législateur africain pourrait songer à octroyer un avantage fiscal systématique (réduction d’impôt sur le revenu par exemple) pour inciter certains employés, cadres moyens ou supérieurs à s’orienter davantage vers ce type de placements.

Des rendements plus attractifs
En zone «Cima», l’autorité de régulation interdit formellement d’investir les cotisations ou les primes collectées sur les marchés financiers extérieurs (Bourse de Paris, de New  York, de Tokyo etc.) et limite les interventions exclusivement à des marchés domestiques très récents, donc peu matures, et dont la liquidité et la profondeur laissent souvent à désirer (moins de quarante sociétés sont dénombrées à la cote de la Bourse régionale des valeurs mobilières localisée à Abidjan).
Si l’on peut comprendre la logique «protectionniste» de cette décision, celle-ci rend très complexe l’optimisation de la gestion des actifs collectés et fait obstacle, parfois, à la distribution de rendements positifs nets de frais à la clientèle.

Des canaux de distribution adaptés
En France, le succès de la distribution de l’assurance vie s’est souvent appuyé sur les réseaux d’agences des grands groupes bancaires, grâce à ce que l’on appelle couramment la «bancassurance», symbolisée par des accords commerciaux entre établissements bancaires et compagnies d’assurance. Peut-on reproduire un tel schéma organisationnel en Afrique francophone? La réponse est, selon moi, oui mais de manière très limitée! Rappelons que les taux de bancarisation en Afrique noire sont les plus faibles de la planète (10% à 12% maximum) et que la densité bancaire y est la moins élevée (une agence pour 200 000 habitants en RD Congo).

Par conséquent, la  «bancassurance» sera loin d’être suffisante pour «vulgariser» l’assurance des personnes au sein des populations subsahariennes. Il conviendra de s’acheminer vers d’autres solutions, principalement axées sur la digitalisation (internet mobile, signature électronique du contrat etc.) et notamment vers des partenariats entre assureurs et opérateurs de télécommunications. Ceci permettra de promouvoir l’assurance mobile et de profiter de l’essor du téléphone portable sur le continent (son taux de pénétration y est d’ores et déjà supérieur à 80%).

Les assureurs de la région devront également rivaliser d’ingéniosité et trouver des synergies avec des commerçants, non spécialisés en termes de services financiers, mais parfaitement implantés sur le territoire national afin de mieux toucher une population dont la dispersion géographique est encore très élevée (le taux d’urbanisation en Afrique noire ne dépasse pas 40% en moyenne).

Après le succès de l’«agency banking» Kenyan, l’heure de l’«agency life insurrance» a-t-elle sonné?

Des produits accessibles en termes de prix
Entre 6% et 8%: telle est la moyenne des frais sur les versements pratiquée par certaines compagnies d’assurance vie de la sous-région. Certes, cette tarification élevée peut se justifier par le caractère très onéreux de la création et de l’entretien d’un réseau de points de vente physiques (groupes électrogènes, sécurité etc.).

Néanmoins, le développement de la distribution digitale devra aboutir à une diminution substantielle des charges d’exploitation et donc favoriser la mise en place d’une grille tarifaire et de «tickets d’entrée» (cotisation minimale à verser) davantage accessibles à des populations locales dont 45%, en moyenne, vivent encore avec moins de 1,25 dollar par jour.

En dépit de toutes les difficultés inhérentes aux spécificités subsahariennes, l’assurance-vie semble promise au plus bel avenir en Afrique francophone. L’émergence de la classe moyenne locale et de sa capacité d’épargne, la volonté croissante des jeunes africains de suivre des cursus universitaires et de grandes écoles (quelque fois fort onéreux), ou l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance, rendront de plus en plus pertinente la souscription à des contrats d’épargne et de prévoyance basés sur la personne physique et les aléas de la vie.

Les opportunités ne manqueront pas et il s’agira, par exemple, de mettre l’accent sur la commercialisation de produits permettant d’anticiper le financement des études supérieures des enfants (contrat «rente-éducation») ou de garantir le maintien du pouvoir d’achat en fin de vie professionnelle, nécessité absolue dans des pays ou l’immense majorité des actifs, n’étant pas salariés, ne cotisent pas au système de retraite général mis en place par les pouvoirs publics.

Toutefois, un «copier-coller» sera impossible et la parfaite réplique sur les marchés africains de ce qui a parfaitement fonctionné en Europe sur ces produits, ne peut être envisagée d’aucune façon. Les clés de l’essor de l’assurance vie en Afrique francophone résident donc dans l’élaboration d’un nouveau modèle en termes de distribution, de tarification et de communication, parfaitement adapté aux environnements locaux.

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