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Burkina: plus de 315 000 candidats ont débuté ce lundi 18 juin les épreuves écrites du 1er tour du  BEPC

CULTURE

Après «Faut-il désespérer de l’Afrique?» et «Médias et gouvernance: le sel ou le poison», le journaliste Boureima Jérémie Sigué, fondateur du groupe de presse «Le pays», revient sur la scène livresque avec son troisième ouvrage. Intitulé «La faillite morale du chef d’Etat africain», cet essai politique pointe du doigt la responsabilité intrinsèque du chef d’Etat africain dans la situation morose actuelle que traverse le continent africain.

C’est un condensé de 272 pages de réflexion qui pointe, sans complaisance, un doigt accusateur sur le comportement du dirigeant africain. Sans ambages, l’auteur estime que le retard du développement africain est imputable, entre autres, aux manquements démocratiques, à la mal gouvernance et à l’absence d’une vision politique opérante. «Ici, ce qui est digne de pilori, c’est le comportement du dirigeant africain lui-même dont on sait qu’il a une conception à la fois totémique, paranoïaque et patrimoniale du pouvoir politique. Toute chose qui lui confère le visage d’un dieu indispensable à la nation; ce qui hélas, le rend sourd et aveugle face à la temporalité, insensible aux hurlements stridents de son peuple. Sa faillite morale consubstantielle à celle de l’Etat est dès lors tragiquement attestée. A quelques exceptions près, c’est un échec dont la transversalité douloureuse des conséquences politiques, économiques et sociales est tout autant établie», peut-on lire dans le prologue de cette œuvre constituée de 11 chapitres logés dans quatre parties distinctes.

Selon l’auteur, le gouvernant africain foule aux pieds les règles d’éthique politique et des règles de vie en société inspiré de nos traditions. Redoutant la puissance de l’armée, il n’hésite pas non plus à l’utiliser comme pilier de son régime dans l’unique but de terroriser les populations. Boureima Jérémie Sigué indique aussi que… les chefs d’Etat africains ont peur de trois groupes sociaux: les militants des droits de l’Homme qu’ils considèrent comme de «véritables pestiférés», les scolaires, ces «insolents comme des moustiques sur les couilles du roi» et les journalistes privés indépendants, «qui troublent en permanence les fêtes et les banquets des satrapes».

Pour le journaliste, la gouvernance à l’endroit de la jeunesse constitue l’un des domaines où se fait ressentir la faillite morale de l’Etat. Et l’auteur d’évoquer, pour preuve, le drame humain de la mer méditerranée à la page 77: «Si la Méditerranée est devenue un cimetière à ciel ouvert où vont s’engloutir par vagues successives de jeunes africains, c’est sans doute parce que les politiques publiques à l’endroit des jeunesses africaines désœuvrées et découragées, sont un échec sans appel.» En tout cas, et Jérémie Sigué en est convaincu, «tous ces morts dans la Méditerranée et l’exode massif des jeunes ruraux dans les villes n’émeuvent aucunement les princes du moment»…  

Dans cet ouvrage très actuel qui mérite absolument le détour, l’auteur, diplômé des universités de Dakar et de Paris II Panthéon, va même jusqu’à dresser, de la page 97 à la page 158, une liste non exhaustive de 15 présidents africains qu’il qualifie de prédateurs de la démocratie en Afrique noire depuis ces dix dernières années. On y retrouve pêle-mêle… Blaise Compaoré du Burkina, Faure Gnassingbé du Togo, mais aussi Pierre Nkurunziza du Burundi et Joseph Kabila de la République démocratique du Congo.

Cependant, estime l’essayiste, il existe encore des chances de développement de l’Afrique si nos intellectuels et gouvernants appuient l’accélérateur sur la culture, l’éducation, la santé tout en rompant les liens avec le franc CFA. Pour ce faire, il appelle à l’émergence «de nouvelles visions, de nouvelles approches et des ruptures vives et sans appels initiées par une nouvelle race de dirigeants». 

Boureima Jérémie Sigué croit que l’espoir est donc permis pour le renouveau de l’Afrique. Pour qu’advienne la félicité, il est impératif de rompre avec les anciennes pratiques comme la corruption, la gabegie, le népotisme et surtout la paresse. «En un mot comme en mille, il faut passer à la phase des ruptures et ce, sur toute la ligne», plaide l’auteur. Ce qui est sûr, cet essai savamment écrit avec une hauteur d’esprit intéressera certainement les férus du panafricanisme.

 

© Fasozine N°72, Novembre-Décembre 2017

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