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11-Décembre: "Nous avons la responsabilité de bâtir ensemble une Nation prospère et respectée"(Roch Kaboré)

CULTURE

Fidèle à sa farouche volonté de porter chaque fois… un certain regard sur certains faits dégradants de notre société, la réalisatrice burkinabè Fanta Régina Nacro vient de produire une collection de dix films pour mener la guerre aux violences faites aux femmes…

«Je commence à en avoir marre de tes idées et de ton comportement! Pour qui te prends-tu? Pour une intellectuelle?» Face à l’agression verbale de son mari en cette heure matinale où elle se prépare à aller donner une importante communication au du congrès national les droits de la personne, Joséphine reste placide. Elle se retourne et lui sourit. Mais son homme, Sidibé, ne l’entend pas de cette oreille. «Il se met en colère et la frappe violemment. Lui donne des coups de pied et déchire les feuilles de son exposé». La jeune femme ne se démonte pas pour autant et se rend à sa conférence «le visage tuméfié, un œil au beurre noir, la lèvre fendue».

C’est, en substance, l’une des douze histoires que vient de réaliser et de produire Fanta Régina Nacro pour apporter sa contribution dans la nécessaire sensibilisation à mener pour lutter contre les violences faites aux femmes. Intitulée «Dix films pour un combat» — avec en sus un bonus de deux films sur le DVD —, cette collection, qui devrait être diffusée sur toutes les chaînes de télévision du Burkina Faso à partir du 20 novembre 2017, est inspirée de faits réels du vécu de nombres de femmes, bien souvent muettes sur leurs drames quotidiens. «Des histoires basées sur des faits réels de violences faites aux femmes, des histoires intimes, des faits vécus par des personnes de notre entourage et qui peuvent arriver à chacun d’entre nous», explique la réalisatrice burkinabè dans la note d’intention de cette collection.

La démarche se veut pédagogique, à travers des courts métrages qui soulignent divers types de violences subies par la moitié du ciel avec, à chaque fois, «un éclairage juridique pour le sujet traité, un conseil ou une solution». Car, il faut le savoir, la violence contre les femmes est «un scandale planétaire», reconnue, depuis la Conférence mondiale sur les droits de l’Homme, tenue en 1993 à Vienne (Autriche), comme une préoccupation autant sur le plan des politiques publiques que sur le plan des droits humains. Au Burkina Faso, et en dépit de l’existence d’un dispositif législatif les réprimant, ces violences prennent diverses formes: mariages forcés, mutilations génitales féminines, traite des femmes aux fins de prostitution, violences dans le couple…

MESSAGES FORTS
«Je me retrouve  souvent à être la confidente de parents, d’amis et de proches qui vivent des violences au quotidien. Et face à la gravité de ce fléau, le cinéma est un moyen puissant pour véhiculer des messages préventifs et pédagogiques. C’est pourquoi j’ai décidé d’utiliser mon métier pour produire des messages forts et participer à la lutte contre les violences faites aux femmes», confie Fanta Régina Nacro qui n’a pas économisé sa détermination pour mener à bien ce projet. «Depuis le début de ma carrière en 1993, il y a toujours une dimension pédagogique dans mes productions car je crois fortement à la puissance de l’image en termes de persuasion, de transmission de messages, de convictions, d’opinions», ajoute celle qui reste convaincue que le cinéma peut être utilisé comme canal de lutte  contre les violences basées sur le genre (VBG). Du reste, note-t-elle avec justesse, «le niveau dramatique des violences conjugales — 53,2% pour le cas de Ouagadougou — appelle des réponses appropriées que ne paraissent pas apporter les diverses campagnes de communication officielles».

Il faut donc agir sans tarder pour mettre le doigt sur cette plaie de notre société, notamment en ouvrant les yeux sur des réalités souvent méconnues, parfois ignorées afin d’éradiquer, ou tout au moins d’amoindrir ces violences perpétuelles, qu’elles soient sournoises ou criardes. «Il y a de vraies souffrances dans le couple, une vraie souffrance chez les femmes et il convient de s’arrêter pour regarder ces problèmes de plus près», affirme Fanta Régina Nacro.

La collection «Dix films pour un combat», qui raconte des histoires réelles, aura du reste renvoyé à nombre de femmes, actrices ou figurantes de ces tournages émouvants ponctués de rires jaunes et de pleurs, le miroir de leurs désespérances. «Certaines actrices ont pleuré lors du casting, tellement les histoires de certains scénarios reflètent ce qu’elles-mêmes ou certains de leurs parents et proches avaient vécu ou vivent encore. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elles se sont appropriées ce projet», indique celle dont la carrière cinématographique commence en 1991 avec le court métrage «Un certain matin».

Depuis plus d’un quart de siècle donc, Fanta Régina Nacro jette son regard de cinéaste sur les matins troubles de notre société, sans doute pour que ses histoires amènent, par la réflexion commune, la sensibilisation et la pédagogie, à un changement de comportement pour des soirs qui chantent. «Je vis dans une communauté, je suis très curieuse et, au hasard de mes déplacements, de mes causeries, mon regard de cinéaste capte des choses qui ne sont pas normales et qui soulignent souvent l’ignorance des gens. Et quand il y a ignorance quelque part, il faut essayer d’apporter de la lumière…», clame l’auteure de «Puk Nini», court métrage de 32 minutes sorti en 1995 qui l’inscrit résolument dans une «nouvelle vague» du cinéma africain.

SENSIBILISATION
Depuis la création, en 1993, de sa maison de production, «Les films du défi», Fanta Régina Nacro, native de Tenkodogo, n’a eu de cesse de s’impliquer dans l’éducation des filles et dans la sensibilisation sur les grands problèmes de la société à travers de nombreux courts métrages. «Le truc de Konaté», un film drôle qui prône l’usage du préservatif, et «Bintou», sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes, qui reçoit par ailleurs, en 2001, le prix du meilleur court métrage au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), illustrent parfaitement l’engagement de cette réalisatrice, formé à l’Institut national d’éducation cinématographique de Ouagadougou (Inafec) et à Paris à… relever des défis!

C’est donc également sous le signe du défi qu’elle initie cette collection sur les violences faites aux femmes. Tout commence en 2013 avec un projet de dix films avec pour idée maîtresse de fédérer dix réalisateurs pour cette aventure qu’elle comptait produire. «J’avais pu convaincre quelques réalisateurs comme Abdoulaye Dao, Missa Hébié, Apolline Traoré, Issa Traoré de Brahima, Carine Bado…»

Puis, elle réunit des associations qui militent contre les violences faites aux femmes pour mieux comprendre la problématique et orienter efficacement la réalisation des films. Ces dernières indiquent alors à l’unanimité qu’il fallait explorer en priorité le thème du viol conjugal, mal pernicieux dont personne ne parle et qui crée des dégâts énormes. «Nous avons donc fait une première collection de cinq films sur le viol conjugal. Ce qui a permis, selon de nombreux témoignages, d’ouvrir les yeux sur ce problème et d’amener à mieux comprendre que certaines attitudes courantes dans les foyers relèvent parfois du viol conjugal», précise encore Fanta Régina Nacro.

De là est venue l’idée de faire une nouvelle série de dix films avec dix thématiques différentes pour mettre en scène des histoires vraies, mais surtout pour enseigner sur ces travers de notre société, ces violences qu’il urge d’extirper de nos comportements. Au final, ce sont dix films que la réalisatrice livre au public pour ce «combat». Ils abordent les violences physiques (coups et blessures), les violences sexuelles (viol, inceste), les violences économiques et, enfin les violences culturelles qui, elles, englobent mariage forcé, lévirat/sororat, accusation de sorcellerie, répudiation, dot, non accès à l’héritage, rites funéraires, spoliation des biens…

Ainsi par exemple de l’histoire bouleversante de Paulette qui, sans aucune arrière-pensée, «remet la mallette qui contenait tous les papiers des différents biens de son époux à son beau-frère», à la demande de celui-ci, alors que la famille n’avait pas encore pris la route du cimetière pour conduire le mari décédé à sa dernière demeure. Le drame s’installe et se vit en direct dès le retour du cimetière: «L’aîné de la famille du mari remercie l’assemblée pendant que les autres frères vident la maison de tous ses meubles et biens sous le regard de Paulette et de ses sœurs. L’assemblée est scandalisée et se disperse sans un mot. Les orphelins assistent impuissants à la spoliation des biens de leur père par sa famille…»

ŒUVRE UTILE
Ainsi que l’on peut en juger, Fanta Régina Nacro reste fidèle à ses options, et notamment à sa farouche volonté de porter à chaque fois… un certain regard sur certains faits dégradants de notre société. En remerciant la précieuse contribution financière du Fonds commun genre (FCG) et celle de l’Association des femmes juristes du Burkina qui a su donner un regard juridique à cette production cinématographique, la réalisatrice espère vivement que les projections de ces «Dix films pour un combat» sauront faire bouger les lignes, aussi bien au Burkina Faso que sur le continent et ailleurs. Elle mise en effet sur la période du 20 novembre, consacrée Journée internationale des droits de l’enfant, au 10 décembre, Journée internationale des droits humains, pour faire passer le message, aux côtés des médias classiques. D’autant qu’entretemps, le 25 novembre, c’est la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. 

«Si en regardant l’un ou l’ensemble de ces films, une ou deux personnes changent, agissent, prennent l’engagement de lutter contre les violences faites aux femmes, j’aurais vraiment fait œuvre utile», se convainc Fanta Régina Nacro qui, après son premier long métrage, «La nuit de la vérité», sorti en 2004 et salué par la critique, mitonne déjà une autre idée de long métrage de fiction sur la problématique de l’éducation des enfants, complètement perdus aujourd’hui et qui ont besoin de s’attacher à des valeurs morales. «J’ai envie d’apporter une notion d’humanisme à nos jeunes. Je réfléchis à un long métrage de fiction sur ce sujet, qui ait la même hauteur et la même qualité que La Nuit de la vérité», confie-t-elle. Un nouveau défi pour la grande dame des «Films du défi»!

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