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CULTURE

Retenu pour l’ouverture de la 25è édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), «FrontièreS» de la réalisatrice burkinabè Apolline Traoré, était à l’affiche ce dimanche 26 février au ciné Burkina. Après «Sous la clarté de la lune» au Fespaco 2005, «Moi Zaphira» à l’édition de 2013, Apolline Traoré revient à cette édition 2017 de la biennale avec son dernier long métrage, «Frontières», qui pose un regard sur les entraves à la libre circulation.


D’une durée de 90 mn, «Frontières» avec Amélie Mbaye dans le rôle d’Adiara, retrace le «parcours de combattant» de ses nombreuses personnes dans les différentes frontières africaines. Du Sénégal au Nigéria en passant par le Mali, le Burkina Faso et le Bénin, la jeune Adiara, qui rêvait pourtant d’un avenir radieux à travers son commerce, découvre la triste réalité qui mine le continent africain sur ses frontières. Corruption, arnaque, vol, abus sexuel et autres comportements peu orthodoxes, sont le menu de ce voyage proposé par la réalisatrice qui du reste, est à son troisième long métrage.

Adjara, la trentaine, est une belle sénégalaise. Elle est envoyée par son association pour acheter des marchandises. Emma de la Côte d’Ivoire est une veuve d’une quarantaine d’années. Elle achète des bazins à Bamako pour les revendre à Lagos. Quant à Sali, vingt-cinq ans à peine, est une jeune fille burkinabè, timide et naïve. Elle est envoyée par son fiancé pour remettre un colis.

Les trois femmes se rencontrent dans un bus sur le trajet Bamako-Lagos via Ouagadougou et Cotonou. Pendant leur traversée, elles découvrent de beaux paysages de pays côtiers et sahéliens. Cependant, le voyage est un parcours de combattants. Entre pannes de véhicule, braquage, vols entre passagers, leur pire cauchemar reste le franchissement des frontières. Aux différents postes, elles sont exposées à une grande corruption, à des violences faites aux femmes et à un dangereux trafic. Pour survivre, Adjara, Emma et Sali sont obligées de se serrer les coudes  et de prendre soin les unes des autres.

Acteur et doyen en la matière, Gustave Sorgho estime qu’il y a eu beaucoup de recherches et une bonne approche dans ce film. «C’est un bon questionnement pour nos Etats et nos politiques de savoir que nous sommes dans une zone Cedeao où on parle de liberté de circuler des personnes et des biens. Et avec autant de tracasseries, ça donne à réfléchir et je crois que c’est bien à propos de sorte que les uns et les autres repensent nos textes», conseille M. Sorgho.

«Frontière» traite non seulement des tracasseries auxquelles l’on est confronté à nos frontières, mais aussi de la ruse des hommes. C’est à l’image de Alizétou Sidi dans le rôle de Sali, qui se fait entrainer par son fiancé dans un trafic de «faux» médicaments qu’elle devrait faire parvenir au Bénin depuis le Sénégal par des pratiques illégales. A propos, le cinéaste Gustave Sorgho trouve que l’idée est là, mais qu’il se pose la question de savoir si c’est la fin du film qui donne cette histoire ? Pour Damata Ganou, une spectatrice, «ce film donne une bonne leçon de vie à ceux qui sont dans les villes et qui ne savent rien faire et qui s’adonnent au viol et autres formes de violences aux femmes». Pour Mme Ganou, ce film doit être diffusé sur les chaines nationales africaines pour «conscientiser» la jeunesse et partant, les forces de sécurité et de défense sur nos frontières.

Pleine d’ambition et n’hésitant pas à ajouter une touche féminine dans ses films, Apolline Traoré n’espère rien d’autre, que ce film puisse contribuer à une prise de conscience collective sur le phénomène de raquette et de tracasserie transfrontalière dans la sous-région et sur le continent. Un film à voir et à déguster sans modération.

Abel Azonhandé

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